Delval (Marie-Hélène) et Wensell (Ulises), Un petit frère pour toujours, Bayard Éditions Jeunesse, 2002.

Perle rare de la littérature pour les petits (de 3 à 7 ans), Marie-Hélène Delval et Ulises Wensell abordent avec beaucoup de tact et des illustrations pleines de tendresse le drame de la mort subite du nourrisson.

Chez les Lipangous, la joie est au rendez-vous depuis qu’un bébé, Nikou, est venu combler la famille. Dilou, devenu grand frère, est tout fier de l’annoncer à tous ses copains.

Oui, Dilou est très fier, même si quelquefois il est un peu jaloux (p. 6).

Après tout, les adultes « sont bien trop occupés avec les tétées, les bains, les câlins et les couches à changer » (p. 6). Alors Dilou s’en va quelquesfois en bougonnant « que c’était mieux avant, quand le bébé n’était pas là » (p. 8). Cela étant, il est quand même très fier d’avoir un petit frère et « l’été est très gai, chez les Lipangous » (p. 8).

Cependant, en rentrant un jour d’automne, Dilou « entend qu’on pleure, qu’on crie, qu’on court partout » (p. 12). Le drame est arrivé :

Papa et maman Lipangou lui ont tout expliqué. Maman Lipangou a pris Dilou dans ses bras, elle l’a bercé en pleurant, longtemps. Papa Lipangou a dit à Dilou que Nikou, son petit frère Lipangou, eh bien, voilà, il était mort (p. 14).

Dilou ne comprend pas tout à fait ce que signifie le fait d’être mort. Il s’interroge :

Mort comme le papillon tombé dans la poussière, et qui ne vole plus ? Mort comme le moineau, tout froid, sur le chemin, et qui ne chante plus ? Mort comme grand-père Lipangou, que Dilou n’a pas connu ? Mais il était vieux, grand-père Lipangou !  Avant d’être mort, il avait été vivant très longtemps ! (p. 16).

Fini les couches, les tétés et les bains ! Et pourtant, Dilou « n’ose plus demander à papa Lipangou de lui raconter l’histoire de l’escargot qui voulait voyager, comme avant » ou « grimper sur les genoux de maman Lipangou, comme avant » (p. 20). « Il voit bien que ce n’est pas le moment » (p. 20). Mais en vrai, bébé Nikou, il est où maintenant ?

Grand-mère Lipangou répond :

Il est là où ceux qui meurent restent présents. Il est dans le cœur de ceux qui l’aiment pour toujours (p. 22).

Les magnifiques dessins d’Ulises Wensell illustrent parfaitement le texte d’une grande beauté et justesse de Marie-Hélène Delval. Le sujet de la mort et du devenir du corps est abordé de sorte que chacun puisse s’y retrouver. Chaque saison fait avancer la famille Lipangou sur le chemin du deuil : du chaos de l’automne avec des feuilles qui volent dans tous les sens, elle traverse le silence de l’hiver où « même la forêt se tait » (p. 24), pour enfin arriver au renouveau du printemps « plein de murmures » (p. 34). La culpabilité et l’interrogation sur l’avenir avec, peut-être, l’arrivée d’un autre bébé font aussi partie des thèmes abordés où chacun dans la famille Lipangou finit par avoir sa place, y compris le bébé Nikou.