Roffinella (Martine), Merveille au Mans, Les Lettres Mouchetées, 2019.

Merveille est son nom. On aurait pu l’appeler Trésor ou Cristal. Cependant on a choisi Merveille (p. 9).

Ce n’est certainement pas un hasard si Merveille s’appelle ainsi. Merveille comme le sang vermeil qu’elle affectionne, collectionne, consomme.

Mais qui est Merveille ? Et qui se cache derrière ce pronom personnel “on” ?

Pour l’apprendre, ou du moins le deviner, il faudra patienter, humer l’atmosphère, tâter les mots, un peu comme Monsieur Viande renifle les “carcasses humaines” (p. 11) pour élucider des meurtres et remonter jusqu’au meurtrier. Monsieur Viande ?

Oui : Viande. Comme les boulangers qui s’appellent Pain. On en a beaucoup ri. Surtout lorsqu’il travaillait aux abattoirs (p. 11).

C’est plutôt déconcertant. Tout comme les noms qui figurent sur la liste des membres de FALRAM, découverte à la librairie des Diableries : Gérard Cou, Gaël Jambe, Sylvain Poitrine, Marc Pied, Christophe Tendon et Grégoire Joue. Qu’est-ce qu’ils ont en commun, ces hommes, en-dehors du fait qu’ils ont tous des noms de membres physiques, des noms qui ont probablement fait rire plus d’un ? Pour comprendre ce qui les unit, il faut suivre les traces de Monsieur Viande accompagné par l’inspecteur Lampe à travers les rues du Mans, tantôt à l’hôtel des Deux Jambons, tantôt à la brasserie des Cuissons Brèves.

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Mais qui est donc cette Merveille ? Et que fait-elle au Mans ?

Merveille tue. Merveille dépèce. Merveille met en scène ses crimes en semant des indices (quatrième de couverture).

Cela étant, Merveille ne fait pas que tuer, elle écrit aussi :

Dans un instant Merveille écrira pour son public de pères et de mères. Des centaines et des millions. Elle rédigera ce chapitre à la première personne et elle se sentira enfin concernée par cette sorte d’amour. Tambour, caisse, orage. Une belle page pour son éditeur qu’elle ne sait pas aimer (p. 83).

L’importance du pronom personnel revient. Ici, elle rédigera ce chapitre à la première personne. Dans un passage très émouvant “tous les morceaux de son Je se reconstituent ! Elle pense Je ! Elle sait qui cela concerne ! Ce n’est plus un personnage de fiction qu’elle incarne, qu’elle investit pour donner de la chair à ses romans !” (p. 82).

Merveille est donc un auteur. Une auteure. Cependant, le lecteur apprend aussi que “Merveille, au fond, n’est qu’une petite plaie faite à l’univers. Une écharde malheureuse, gangreneuse aujourd’hui. Elle cherche les mots sur son clavier mais ne trouve plus que ceux suggérés par son éditeur” (p. 16).

Tiens, voilà l’éditeur. Que vient-il faire dans ce récit ? “L’éditeur juge l’intrigue plausible” (p. 107). Puis, en juge encore une fois, mais imaginée : “Trop pressée d’achever votre chapitre ! commenterait son éditeur. L’impatience est votre pire ennemie ! ” (p. 108).

Merveille murmure à son public de globes oculaires : “Moi je. Moi je” […] Mais “[c]e faux public ne l’intéresse plus. Il la regarde uniquement parce qu’il y est contraint” (p. 84). “Il ne lui reste que Petite Vieille pour la regarder” (p. 95). Cependant, “[d]errière son rideau, Petite Vieille s’esclaffe” (p. 59). Ou, parfois, “Petite Vieille dort” (p. 96).

[S]oudain Merveille a faim. Les assiettes de frites à la mayonnaise ne lui suffisent plus. Elle pense viande (p. 138).

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Pas seulement un trésor, mais une merveille. Monstrueuse et belle à la fois, monstrueusement belle pour être exact. Elle m’a happée, prise aux tripes, j’en suis sens dessus sens dessous.