Rowling (J. K.), Les Contes de Beedle le Barde, Gallimard, 2008

Sous ce titre se trouvent cinq contes à destination « des jeunes sorciers » (quatrième de couverture) : Le Sorcier et la marmite sauteuse, La fontaine de Bonne Fortune, Le Sorcier au cœur velu, Betty Lapina et la souche qui gloussait et enfin, le seul connu par les lecteurs de Harry Potter, Le conte des trois frères.

« Sous bien des aspects », nous indique J. K. Rowling dans l’introduction, « les histoires de Beedle ressemblent à nos contes de fées. Par exemple, la vertu y est habituellement récompensée et la méchanceté punie. Il existe cependant une différence manifeste. Dans les contes de fées des Moldus, la magie est généralement à l’origine des ennuis du héros ou de la l’héroïne – la méchante sorcière a empoisonné la pomme ou plongé la princesse dans un sommeil de cent ans ou transformé le prince en une bête atroce. Dans Les Contes de Beedle le Barde, en revanche, on rencontre des héros et des héroïnes capables d’accomplir des actes de magie, mais qui, pour autant, n’éprouvent pas moins de difficultés que nous à régler leurs problèmes. Les histoire de Beedle ont aidé des générations de parents sorciers à expliquer à leurs jeunes enfants cette douloureuse réalité de la vie : la magie cause autant de difficultés qu’elle permet d’en résoudre » (p. 9-10).

On apprend que Beedle le Barde aurait vécu au XVe siècle, une période particulièrement noire pour les sorciers et surtout sorcières, et « qu’il avait une certaine affection pour les Moldus, les considérant comme ignorants plus que malfaisants » (p. 11). « Beedle était d’une certaine manière en décalage avec son époque lorsqu’il dispensait un message d’amour fraternel envers les Moldus » (p. 29). Le lecteur ne sera donc pas étonné de trouver dans ce recueil « un vieux sorcier bienveillant qui utilisait sa magie avec sagesse et générosité pour le plus grand profit de ses voisins […] ravi d[‘]apporter remède [aux ennuis ceux-ci] en remuant quelque chose dans sa marmite » (p. 19-20). Le vieil homme avait cependant un fils qui n’était pas du tout disposé à aider son prochain, encore moins lorsque celui-ci était Moldu. Il était communément admis que « proposer de jeter un sort pour guérir le cochon malade d’un voisin moldu équivalait à se porter volontaire pour aller ramasser le bois de son propre bûcher » (p. 29). Le vieux sorcier laissa cependant en héritage une marmite magique à son fils égoïste et la marmite ne trouve rien de mieux à faire que de mimer tous les maux du voisinage. Le fils « ne put faire taire la marmite couverte de verrues et elle continua de sauter toute la journée derrière lui, brayant comme un âne, gémissant, cliquetant avec bruit, partout où il allait et quoi qu’il fît » (p. 23). Ce n’est qu’une fois que le fils se décide à porter secours à ses voisins que la marmite se calme. Évidemment, à compter de ce jour, le jeune sorcier « aida les villageois comme son père l’avait fait avant lui » (p. 27).

Dans le conte de La fontaine de la Bonne Fortune, on rencontre trois sorcières désireuses d’atteindre une certaine fontaine pour soulager leurs maux. Elles finissent par se porter secours mutuellement et rencontrent en chemin un certain chevalier, Sir Sanchance, qui désire également profiter des vertus de l’eau de la fontaine. Or, chemin faisant, le groupe rencontre trois obstacles qui, une fois franchis, leur permettent sans qu’ils ne s’en rendent compte, de s’affranchir également de leurs maux. A la fin, ils quittent la fontaine et « eurent tous les quatre une longue vie de bonheur » alors qu’aucun d’entre eux « ne sut ni ne soupçonna jamais qu’il n’y avait pas le moindre enchantement dans les eaux de la fontaine » (p. 53).

Dans Le Sorcier au cœur velu, le lecteur fait la connaissance d’un homme qui « eut recours à la magie noire pour assurer son immunité [à l’amour] » (p. 63). Il s’agit « de loin [du] plus horrible des contes proposés par Beedle » (p. 72). Non seulement le héros « enferme sous clé son propre cœur » (p. 75), mais il finit par tuer la seule personne qu’il désire épouser pour ensuite se suicider.

Dans Barbitty Lapina et la souche qui gloussait, nous avons à faire à un roi très ignorant, dépourvu de pouvoirs magiques, qui veut être le seul à en posséder. Un charlatan arrive à leurrer le roi en lui faisant quelques tours et en lui donnant une baguette qui « ne fonctionnera que lorsque le roi sera digne d’elle » (p. 83). Évidemment, le roi souhaite bientôt manifester ses pouvoirs à ses sujets, ce qui met le charlatan en grande difficulté. Cela étant, il arrive à trouver une vraie sorcière en la personne de la blanchisseuse du roi et l’oblige à réaliser les sorts lancés par le roi. Le roi ne tarde pas à vouloir ressusciter le corps sans vie d’un chien de chasse, sans succès, et « dans le fourré, Babbitty sourit et ne se donna même pas la peine de lever sa baguette, car aucune magie ne peut ramener les morts à la vie » (p. 90). A la fin, Barbbitty Lapina se transforme en « un vieux lapin robuste et moustachu » qui « s’en alla très loin » (p. 94).

Dans le Conte des trois frères, il est question d’une fratrie qui doit traverser « une rivière trop profonde pour la traverser à gué et trop dangereuse pour la franchir à la nage » (p. 105). Les trois frères connaissaient bien l’art de la magie et « d’un simple mouvement de baguette, ils firent apparaître un pont qui enjambait les eaux redoutables de la rivière » (p. 105-107). Chemin faisant, ils rencontrent la Mort, « furieuse d’avoir été privée de trois victimes » (p. 107). Elle fait mine de les féliciter et leur accorde un vœu chacun. Tandis que le frère aîné et le second frère humilièrent la Mort, le premier en lui demandant une baguette plus puissante que toutes les autres et le second en lui demandant un moyen de ramener les morts, le cadet, un homme très humble, demanda seulement « quelque chose qui lui permettrait de quitter cet endroit sans qu’elle puisse le suivre ». La Mort, à contrecœur, « lui tendit alors sa propre Cape d’Invisibilité » (p. 108).

Par une série d’événements, la Mort réussit à prendre les deux premiers frères, mais sans jamais trouver le dernier. « Ce fut seulement lorsqu’il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d’Invisibilité et la donna à son fils. Puis il accueillit la Mort comme une vieille amie qu’il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie » (p. 110-111).

En dehors du plaisir pris à lire ces cinq contes qui nous replonge dans le monde magique de Harry Potter, il est important de mentionner que « tous les droits d’auteur de ce livre seront versés à l’organisation Children’s Hign Level Group dont le but est d’agir en faveur d’enfants qui ont un besoin désespéré de faire entendre leur voix » (p. 13).