Haddon (Mark), Le bizarre incident du chien pendant la nuit, Pocket jeunesse, 2005

Il était 0 h 7. Le chien était allongé dans l’herbe au milieu de la pelouse, devant chez Mme Shears. Il avait les yeux fermés. On aurait dit qu’il courait couché sur le flanc, comme font les chiens quand ils rêvent qu’ils poursuivent un chat. Mais le chien ne courait pas. Il ne dormait pas non plus. Il était mort. Il avait une fourche plantée dans le ventre. […] Le chien s’appelait Wellington […] J’ai caressé Wellington et je me suis demandé qui l’avait tué, et pourquoi (p. 13-14).

Dans la préface à cette édition jeunesse, la psychanalyste Sophie de Mijiolla-Mellor indique très justement qu’ « [u]n chien trouvé mort sur la pelouse de son voisin, une fourche plantée dans le flanc, c’est certainement bizarre. Ce qui l’est plus encore, c’est la manière dont Christopher, le héros – qui a quinze ans –, réagit et fait face à ce cadavre » (p. 9). En effet, le jeune garçon en fait le point de départ d’une énigme à résoudre.

A l’énigme du chien tué chez la voisine s’ajoute bientôt une nouvelle énigme qui touche Christopher de plus près encore : celle de la disparition de sa mère, morte d’une crise cardiaque à seulement 38 ans : « Quand j’avais commencé à écrire mon livre, je n’avais qu’un mystère à résoudre. Maintenant, j’en avais deux » (p. 169).

Christopher est très doué en maths – d’ailleurs, il va bientôt passer le baccalauréat en mathématiques – et il adore Sherlock Holmes qui possédait, tout comme Christopher, « à un degré très remarquable, la faculté de détacher son esprit à volonté » (p. 130). Il aime l’ordre et les listes, comme celle qu’il dresse de ses « Problèmes Comportementaux » (p. 88), mais il ne supporte pas qu’on le touche. La vérité est pour lui très importante et il ne comprend pas pourquoi « [l]es gens disent qu’il faut toujours dire la vérité [étant donné qu’i]ls ne le pensent pas vraiment » (p. 89).

Mais le lecteur découvre vite que « Christopher ne peut ressentir directement ses émotions comme tout un chacun. Parce qu’elles seraient pour lui une expérience trop destructrice, il les met à distance. De la même façon, il éloigne aussi les autres, ne supporte pas d’être touché par eux, perçoit leurs bruits comme un tintamarre assourdissant et leurs mouvements comme un tourbillon chaotique » (p. 9-10) : « Je n’avais qu’à penser les gens sont comme des vaches dans un champ, à regarder devant moi tout le temps et à dessiner dans ma tête une ligne rouge par terre dans l’image de la grande salle et à la suivre » (p. 277).

Le danger peut surgir de nulle part :

Je mets longtemps à m’habituer aux gens que je ne connais pas. Par exemple, quand il y a un nouveau membre du personnel à l’école, j’attends des semaines et des semaines avant de lui parler. D’abord, je l’observe jusqu’à ce que je sois sûr qu’il n’est pas dangereux. Puis je lui pose des questions sur lui, je lui demande s’il a des animaux domestiques, quelle est sa couleur préférée, ce qu’il sait des missions spatiales Apollo, je lui fais dessiner le plan de sa maison et je lui demande quelle voiture il a, et comme ça, je le connais. Alors ça m’est égal d’être dans la même pièce que lui et je n’ai pas besoin de le surveiller tout le temps (p. 72-73).

Bien que cela ne soit jamais dit explicitement dans le texte, le lecteur comprend rapidement que Christopher est autiste. Il vit dans un monde à lui, où 4 voitures rouges à la file sont synonymes de bonne journée, 3 voitures rouges d’une assez bonne journée et 5 voitures rouges d’une super bonne journée. Mais au-delà de cette différence, le lecteur est invité à se poser des questions comme par exemple : « Que pensent les autres ? Comment puis-je être certain de mes sentiments ? Que veut-on me faire comprendre ? Est-ce qu’on ne se moque pas de moi ? et surtout : Est-ce qu’on ne me veut pas de mal ? » (p. 11).


Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon est disponible sur la plupart des sites de livres (neuf ou d’occasion) à 6.95 €