Saint-Bois (Danièle), La fille du troisième, Julliard, 2019

Avec Louise, elles ne se promettent rien, elles ne s’aiment pas. Elles se retrouvent dans un hôtel où elles font l’amour, dorment, refont l’amour, « mais ça ne doit pas se savoir, madame la commissaire est à cheval, quand ce n’est pas sur [Swany] » – référence à chercher du côté de chez Proust ou peut-être du Lac des cygnes – c’est sur « sur la déontologie et les principes » (p. 19). Tandis que Louise ne peut plus se passer de son lieutenant et qu’elle veut la «  posséder jusqu’à la folie » (p. 19), Swany est aux prises à la fois avec une histoire de tueur en série et ses propres émois. En effet, elle est « [p]ieds et poings liés » à Louise, sa supérieure hiérarchique, ou, comme elle le dit elle-même, « sa commissaire ardente » (p. 19), quand elle rencontre Yaël, une jeune femme juive, « la fille du troisième », et quand les meurtres commencent à se succéder. Il y a d’abord le meurtre d’une vieille dame retrouvée dans son sang rue Marcadet, « [s]a robe remontée jusqu’à la taille sur ses pauvres vieilles cuisses grises et son sexe égaré » (p. 54), puis un autre, rue Ordener, « [c]omme la première, tu vois le genre… dans le même secteur » (p. 91), et enfin celui d’un vieux monsieur Juif rue Lamarck.

Le légiste dit « apparemment pas de sperme [et] objet contondant » (p. 93). « A Souligner que le légiste n’est pas une femme. On n’est pas dans un téléfilm, genre Meurtre à Andernos, ou à Gujan-Mestras, ni dans un livre de Patricia Cornwell » (p. 55). « Et si c’était une femme, des femmes » (p. 91) qui auraient tué ces vieilles dames ? Le capitaine, Gabriel de son prénom (ou Luther comme Swany aime à le surnommer, « le seul homme qu[‘elle] aime vraiment » (p. 142)) ne s’aventure pas dans cette direction-là. Mais Swany voit, elle ne voit que ça : «  la pauvre victime de marbre éclatée sur le parquet et […] le pistolet sur l’oreiller et Louise qui tremble de colère. [Elle voit] tout en même temps dans une superposition kaléidoscopique d’images » (p. 91).

Elles ne s’étaient rien promis, avec Louise, et pourtant « Louise pleure. Elle retire son revolver de l’étui, elle le pointe sur mon front, elle dit juste : Si tu me quittes… si tu me mens… « (p. 29). La violence ne fait que s’accroître au sein du couple clandestin :

[Louise] se lève, s’approche de moi, me gifle, me bouscule » (p. 43), puis « [e]lle m’arrache le téléphone des doigts. Elle tremble de rage et de jalousie. Elle me tire par le bras hors de la salle de bains, je ne résiste pas, je découvre, surprise, le pistolet de Louise posé sur l’oreiller. Mais pas le temps de m’appesantir sur la signification de la mise en scène (p. 80-81).

Swany cherche refuge auprès de sa voisine Bella, hawaiienne ou peut-être jamaïcaine, qui pratique des séances de vaudou et qui est comme une troisième mère pour elle. Troisième parce que Swany en a déjà deux de mamans, Adèle et Delphine, aux prises avec leurs douleurs et à qui Swany a beaucoup de mal à avouer sa propre homosexualité.

Loin des enquêtes à la Patricia Cornwell, Michael Connelly ou encore Henning Mankell, Danièle Saint-Bois nous amène dans un « polar d’amour », qui « fait la part belle aux femmes et dont l’intrigue tourne avec humour autour d’une cage d’escalier » (quatrième de couverture). L’enquête est en effet menée aussi bien du côté de l’amour que du côté des meurtres en série.


La fille du troisième de Danièle Saint-Bois est disponible sur le site de Julliard ou auprès de votre libraire habituel au prix de 20 €.