Carrère (Emmanuel), La Classe de neige, Paris, P.O.L éditeur, 1995.

Aujourd’hui, je reviens sur une lecture que j’avais faite au lycée il y a une vingtaine d’années, parce que ce petit bijou de la littérature mérite bien qu’on y revient et qu’on s’y attarde.

C’est un récit plutôt court, même pas 150 pages dans la version folio poche, et à première vue, la couverture ne paie pas de mine. Des gamins qui se lancent des boules de neige. Ça colle avec le titre. Mais quand on regarde de plus près, on remarque que ce ne sont pas des gamins. Ce sont des mannequins. Des poupées. D’un coup, l’inquiétude plane.

Dès le début de cette histoire, une menace plane sur Nicolas. Nous le sentons, nous le savons, tout comme il le sait, au fond de lui-même l’a toujours su. Pendant la classe de neige, ses peurs d’enfant vont tourner au cauchemar. Et si nous ignorons d’où va surgir le danger, quelle forme il va prendre, qui va en être l’instrument, nous savons que quelque chose est en marche. Quelque chose de terrible, qui ne s’arrêtera pas (Quatrième de couverture).

En effet, le récit commence par une composition circulaire :

Plus tard, longtemps, jusqu’à maintenant, Nicolas essaya de se rappeler les dernières paroles que lui avait adressées son père (p. 9).

Les principaux protagonistes sont dans cette première phrase. Nicolas et son père. Nicolas est un gamin plutôt introverti, craintif à l’imagination débordante, qui n’a pas de copain dans la classe.

Personne ne pensait à l’inviter ni n’attendait d’être invité chez lui. Il était aussi effacé et craintif que Hodkann était hardi et autoritaire (p. 20).

Hodkann, autre protagoniste important, diffère déjà des autres. Non seulement il a un nom de connotation étrangère, peut-être juive, mais en plus c’est un grand gaillard,  menaçant, qui n’hésite pas à exercer sa terreur sur les plus faibles.

Et le père au “profil perdu” (p. 11) a tout l’air d’être un parent aimant mais autoritaire, surprotecteur, qui n’hésite pas à faire les quelque 400 km pour emmener lui-même son fils aîné au chalet où a lieu la classe de neige plutôt que de le laisser prendre le car comme tous les autres, mais en déposant son petit, le père oublie de sortir le sac de Nicolas du coffre.

N’ayant pas de vêtement de rechange, Nicolas s’attire l’attention de toute la classe. Il se voit proposer un pyjama par Hodkann, ce qui déclenche la hilarité étant donné que ce-dernier est le plus grand de la classe tandis que Nicolas fait partie des plus petits. Quelqu’un s’exclame qu’il va pisser dedans, et, évidemment, sa méchanceté gratuite frappait juste.

L’humidité le réveilla, et aussitôt la certitude d’une catastrophe. […] Il avait peur, peur d’eux, peur de lui-même. Il pensa qu’il fallait s’enfuir, se cacher, se liquéfier seul, loin de tous. C’était fini pour lui (p. 67 et 69).

Nicolas sort en douce, pieds nus dans la neige, et, bien que le lecteur sait déjà que cette histoire ne peut pas décemment bien finir, cette sortie nocturne est l’élément déclencheur d’un drame plus grand, une horreur sans nom, qui se trame autour de Nicolas.

 

 

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