Derrière la porte

Robert (Claudia) avec Barbé (Catherine), Derrière la porte – L’inceste, survivre et renaître, Toulouse, Lierre & Coudrier éditeur, 2018.

Tandis que le sous-titre ne laisse aucun doute sur le contenu, le titre, quant à lui, est plus ambigü. D’abord, il fait penser à ce qui, dans le livre, rôde dans les couloirs, la nuit, et qui ferme la porte derrière soi avant d’enfreindre, encore et encore, toutes les lois de l’humanité.

Il est plusieurs fois question de portes qu’on ouvre ou qu’on ferme : “Inconsciemment, je venais d’ouvrir une porte”, “Libérer la parole avait ouvert une porte” ou encore, comme en écho au titre, ” Derrière la porte, elle ne semble pas surprise de voir une de ses collègues” lorsque l’auteur évoque son passage en grande section de maternelle avant l’heure.

Compte tenu de sujet, l’inceste, rien d’étonnant à ce que le récit soit dur à digérer. Mais plus d’une fois, la poésie vient adoucir la chute du lecteur, obligé de tomber d’étage en étage lors de sa lecture des atrocités vécues par l’auteur du texte :

Les intrusions sont brutales. Répétées. Elles figent mon esprit. Arrêt sur image. Un temps entre parenthèses où je laisse des mains étrangères parcourir mon corps. En mode pause, j’attends qu’elles finissent leur besogne. J’attends l’instant suivant. Celui où je vais reprendre vie. Reprendre ma vie d’enfant. Oublier ses visites assassines… Pour quelques heures. Quelques jours.


Sans ménagements pour le lecteur, mais sans non plus faire étalage, Claudia Robert dépose son vécu, son récit de vie, et pose plusieurs questions essentielles face au traumatisme de l’inceste : des questions qui touchent autant à la survie pure (mais pas simple) – pensons à cette belle citation “Ma vie ressemble au balancier d’une horloge. De gauche à droite, elle me ramène sans trêve à mon quotidien. Pas à pas. Un jour, je suis une petite fille, un autre je suis une poupée. Tic-tac, tic-tac” – qu’à la sexualité, la vraie, désirée, et non pas celle imposée par les agresseurs. La beauté de la découverte de l’autre quand le désir est réciproque, quand les corps et les esprits ne font plus qu’un !

Mais ce serait trop simple si l’histoire s’achevait là, sur cette belle note. Trop simple quand on a été meurtri et qu’il y a un “cadavre qui reste à l’intérieur de soi”. Aussi, bien que la découverte de la sexualité apporte un certain degré de douceur et qu’elle semble être la réponse à au moins une partie des abus, elle ne résout pas tout, loin de là. Pour se libérer, pour “renaître”, il faut d’abord libérer la parole. Mais est-ce assez ? Suffit-il pour laisser le passé derrière soi d’ouvrir la porte et de libérer la parole ? Non. Et c’est ce que j’apprécie particulièrement dans ce récit (de vie ? de survie ? de la vie après la survie ?), c’est qu’il n’apporte pas de réponse toute faite. Il ne prétend pas donner de sens au non-sens, il ne donne pas de solution miracle, même s’il y a aussi, fort heureusement, des éléments qui mènent à un mieux-être et, on veut le croire, une certaine renaissance.

Auteur : Micha

✒️Auteur auto-édité 📖Dévoreuse de livres 💻Doctorante en Lettres

4 réflexions sur « Derrière la porte »

    1. Oui, je peux comprendre ça. Il y a quelque chose de très fort, de tangible, derrière le titre de cet ouvrage qui renvoie à tant de choses… Comme un emblème.

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