Mère-Fée

Courtois (Célina Ama), Mère-Fée, 2018.

Hélène est une jeune femme qui n’a aucune vie sociale et qui passe ses journées à lire.

Elle était immergée, volontairement noyée, abîmée dans les mots, perdue dans les images qu’ils faisaient naître en elle.

Exaspérée par le comportement de sa fille, sa mère émet le vœu que sa fille s’y retrouve, pour de bon, dans son “monde merveilleux”. Hélène se retrouve aussitôt dans Faërie, drôle de monde où les fées sont en voie d’extinction, où les chats parlent et où les elfes sont séduisants.

Mére-Fée est un conte de fées pour adultes. Entre romance et feel-good. C’est très bien écrit et le récit est parfaitement maîtrisé, mais je n’ai pas accroché. Plus à cause du genre qu’à cause de la plume de Céline Ama Courtois qui a un don pour l’écriture.

Poussières de toi

Francis (Lily B.), Poussières de toi, 2018.

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur, pour des raisons qui peuvent se comprendre. Le deuil périnatal.

Le récit commence fort, sur la table d’accouchement. Je suis particulièrement touchée par la poétique de ce passage, au tout début du texte, dans le prologue, et j’ai plaisir à le partager avec vous :

Alors, je ferme les yeux et je commence à compter les beaux moments de ma vie avant ce bébé. Peut-être aussi pour accompagner son arrivée qui est également son départ, pour l’imprégner, le baigner de mes meilleurs souvenirs, pour qu’ils façonnent cette barque qui voguera sur l’eau-delà.

Un amour de jeunesse hante la narratrice, celui d’Eric, son prof de fac. Et pourtant, elle décide de “couronner roi” Loïc, son compagnon, et de faire un bébé avec lui.

Puis arrive le jour de l’échographie et tout s’effondre :

Je n’y crois pas. Le bébé n’est pas viable. Je suis en plein cauchemar. Je viens d’entendre son cœur battre, je viens de le voir, je lui ai déjà inventé une vie à ce bébé et on me dit qu’il n’existera jamais.

La culpabilité la frappe de plein fouet :

Je me détourne et je m’enfuis. Je déborde, j’ai envie de pleurer et de hurler.

Bien sûr que cela m’arrive à moi ! Bien sûr ! Je ne mérite que ça… je n’ai pas été honnête. Je mérite tout ce qui m’arrive. Je viens d’être punie pour la malice qui dirige ma vie. Oui, je viens d’être punie.

J’avoue, la quatrième de couverture ne m’avait pas franchement donné envie de le lire, en particulier la phrase “Ce livre présente les émotions ressenties par toutes ces mamans sans bébés dont les cris sont muets” -, et pourtant, voilà que je découvre un récit vrai, intime, plein de tendresse et de douceur qui m’a fait pleurer.

Eryl. La Pierre noire

Brichau-Magnabosco (Anne-Marie), Eryl. La Pierre noire, Les Éditions Kark, 2018.

Geoffrey Beaufort, un jeune thésard, voit sa vie basculer un dimanche matin, d’abord en découvrant le cadavre d’un homme, puis, quelques heures plus tard, en découvrant que son studio a été mis à sac lors de sa sortie. Le cambriolage est d’autant plus surprenant que rien ne manque à l’appel. Rien, mis à part un dossier de sa thèse.

Une thèse qui n’a rien de bien palpitant pour le commun des mortels puisqu’il porte sur le Moyen Âge et les Celtes, mais qui s’avère être l’élément déclencheur d’une aventure extraordinaire. En effet, Geoffrey avait découvert lors de ses recherches l’endroit où serait enterrée une pierre magique d’où un druide, ou plutôt un sorcier, tirait ses pouvoirs. Loin de se douter de ce qu’il va vivre, Geoffrey se met en quête de la pierre (qu’il va évidemment trouver, sans trop spoiler l’histoire).

[Le sorcier] leur parla. Robin ne comprit pas ce qu’il disait. Geoffrey eut l’air de mieux suivre, mais assez difficilement, cependant. On aurait dit du latin avec un mélange de vieux français et un autre langage inconnu.

Le mélange entre période contemporaine et univers médiéval est plutôt réussi et l’histoire est bien ficelée. Cela dit, les descriptions manquent à l’appel étant donné que l’action progresse presque exclusivement à travers les dialogues, ce qui ne laisse pas de répit au lecteur, sans cesse sollicité pour réussir à suivre.

 

Les Affres de la mutilation

Tempérance (Elinaroc), Les Affres de la mutilation, 2018.

Un début in medias res avec Lisa qui ouvre les yeux.

Elle est retenue dans l’angle d’une grande pièce sombre, sans éclairage et très humide à première vue et dans la pénombre. Il s’agit d’une cave à en juger par les tas de cartons qui sont empilés devant elle.

L’endroit est aussitôt assimilé à un “antre de torture […] sordide”, mais “Lisa n’est pas le genre de fille à avoir peur de tout, loin de là” : “[e]lle sait, par expérience à quel point elle peut souffrir sans perdre les moyens”.

En effet, le lecteur apprend vite que Lisa souffre du syndrome de l’automutilation ; elle a pour habitude de s’infliger des blessures et “[e]lle connaît les limites à ne pas dépasser”.

La ponctuation est parfois un peu bizarre, comme dans l’exemple ci-dessus où la virgule marque une pause inutile, ce qui me freine un peu dans ma lecture, mais c’est un détail, tout comme les petites coquilles qui se sont glissées ça et là. Ce qui m’a davantage perturbée, ce sont les remarques du genre “psychologie de tiroir”, comme par exemple dans l’extrait suivant :

Étant donné que c’était psychique, comme l’anorexie ou la boulimie, le refus de reconnaissance de la personne empêchait sa guérison.

J’ai aussi été perturbée par la répétition, au chapitre 3, de l’incipit en italique, transformé cette fois-ci en caractères romains.

Ce qui est intéressant, c’est la lecture à deux vitesses au début du récit ; celle de Lisa, séquestrée et mutilée, et celle de son entourage, persuadé que la jeune fille s’est elle-même infligée ses blessures, jusqu’à la réception d’un coup de fil annonçant que Lisa ne reviendrait plus jamais.

Assez rapidement, on nous dévoile des passages du journal intime de Lisa. Il n’est question que de son beau-père, Allan, ce qui met la puce à l’oreille du lecteur, qui ne se doute cependant pas de la tournure des évènements.

C’est un récit bien ficelé malgré certaines incohérences et j’ai eu plaisir à aller jusqu’au bout de ma lecture, qui s’est améliorée au fil des pages. Je conseillerais cependant à l’auteur de proposer aux lecteurs une version plus aboutie et corrigée pour gagner en crédibilité.

Deuxième chance

Dunant (Marie-Paule), Deuxième chance, 2018.

Un roman brut, un peu dérangeant dans le bon sens, celui qui prête à réfléchir, sur Dan, un ado qui fait le tapin dans la rue pour survivre et se payer sa drogue, et sa deuxième chance : un programme de rééducation.

Autant dire tout de suite que le lecteur n’entre pas dans un monde de bisou-nounours, mais dans un monde de cruauté où les plus forts dominent les plus faibles :

– On doit tirer au sort celui qui ira se faire enculer ce soir, annonça Yann tout en avalant une taffe (p. 1).

La deuxième chance s’accompagne de l’enfer du sevrage afin de se (ré)insérer une vie normale.

Dan avait mal partout, la douleur devenait insupportable. Il allait finir fou s’il n’avait pas rapidement sa dose […] Au bout d’un long moment, il finit par sombrer à nouveau dans un sommeil sans rêves. Il avait l’impression de tomber dans un puits sans fond. Il essaya de se rattraper, mais ne trouva rien à quoi s’accrocher. Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche (p. 26).

Après sa phase de désintoxication, Dan fait l’apprentissage de la vie en communauté, des valeurs positives et, aussi, de l’amour. Un livre très touchant qui ne laisse pas indifférent.