Arcos (Vanessa), 1 chance sur 666, Terre en ciel, 2020.

Du « statistiquement presque impossible » d’avoir un enfant porteur de la trisomie 21 – 1 chance sur 666 – Vanessa Arcos accouche d’une fille, Valentine, porteuse de cet handicap. Elles n’avaient « que 0,2 % de chance de [se] rencontrer. Pourtant, c’est arrivé » (p. 13). « Pourquoi moi, pourquoi nous, pourquoi Valentine ? » (p. 31) se demande Vanessa Arcos, qui se sentait « dans un conte fantastique » (p. 19). Cela étant, la narratrice « ne prî[t] pas le chemin de la dépression, ni même de la religion »(p. 14) pour tenter tant bien que mal de trouver un sens à cette rencontre improbable. Elle prît le chemin de la philosophie, celui de ses « premières amours » (p. 14). Elle nous emmène dans d’autres contrées à travers des références à la littérature (La Fontaine, Maupassant, Marco de Polo et bien d’autres) et la philosophie (Aristote, Kant, Érasme) pour enfin s’attarder sur Alice aux pays des merveilles et sa reprise en chanson par Gwen Stefani. « Comme Alice, [elle] étai[t] tombée dans Le terrier du Lapin » (p. 57) :

Je me sentais alors comme Alice au pays des merveilles. Je me sentais bizarre, comme si on m’avait soudain changée, transformée pendant la nuit (p. 55)

L’importance des mots, du Verbe avec un V majuscule, apparaît dès le début de ce témoignage avec la citation du Nouveau Testament :

Au commencement était le Verbe […]. Par lui, tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui […]. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde (p. 9)
Le Nouveau Testament, Jean, 1, 1.

« L’humanité naît à la croisée du corps et de la parole », nous dit Vanessa Arcos, « c’est précisément l’idée des Évangiles et c’était exactement le chemin que je pris. Il faut oser nommer les choses, en parler » (p. 29). « [Valentine] avait percuté mon existence et mon réel de plein fouet. Avec elle, le verbe n’avait pas fini de s’exprimer » (p. 34).

Au-delà de la différence et du regard de l’autre, Vanessa Arcos s’interroge sur la norme et ses valeurs : « Depuis la naissance de Valentine, je réévaluais toutes mes valeurs, tout ce que je croyais savoir, je ne le savais plus. Je dus tout réapprendre » (p. 65). Elle constate qu’eux aussi, « [ils étaient] dans une certaine mesure, handicapés » (p. 28).

Le témoignage de Vanessa Arcos se lit comme une quête philosophique avec toujours le développement de Valentine en toile de fond. L’attachement maternel et l’amour inconditionnel sont les maîtres mots de ce récit initiatique qui nous transporte toujours plus loin.


1 chance sur 666 de Vanessa Arcos est en prévente sur le site des éditions Terre en ciel à 14€90.